Je ne sais si le fatras de sottises qui arbore les murs de la capitale, a déjà envahi avec une même insolence ceux de la province, mais il me semble nécessaire ici de poser quelque plume trempée de vitriol pour ramener quelque initiative oiseuse aux semblants de tiédeur, à une dialectique saine où l’on se remettra à appeler « un chat un chat »… sotte Bardot, ce n’est pas toi qui ira contre cette volonté, toi qui, la beauté flétrie, a cru nécessaire d’ouvrir ta grande gueule de cruche pour défendre la cause animale dans ce qu’elle a de plus pernicieux, à savoir le rapport de dignité qu’on lui doit, en ce siècle où la question de l’Homme, bafouée, n’a toujours pas trouvé de réponse politique. Toi, vieille femme, à propos de qui je me demandais pourquoi le chantre alcoolique, Gainsbourg, avait perdu son temps à pérenniser tes initiales, jusqu’à ce qu’on me fasse découvrir « Et Dieu créa la Femme » en parallèle à mes développements sensuels ; toi, l’égérie périmée, tu es responsable de cette campagne que j’incrimine en ce qu’elle salit de son excrémentielle « intelligence » les surfaces déjà crasseuses d’un métropolitain que des hommes fatigués empruntent par nécessité.
Cracherai-je sur la publicité de manière générale, ce serait déjà suffisant ; en effet, je n’ai pas moins de mépris pour toute tentative de decorum émanant de la société consumériste libérale. J’aimerais assez vomir chaque fois que je croise l’une de ces pancartes dont on ne soupçonne pas le prix, et dont la seule mission consiste à me faire acheter un téléphone, un voyage, un concert, ou toute autre ineptie dont l’invalidité ne repose pas seulement dans le produit présenté, mais surtout dans cet impératif de consommation au travers d’œuvres décoratrices. On ne fixe ces affiches que parce qu’elles couvrent des espaces immensément carcéraux, et que la couleur que les publicitaires élaborent et présentent, se révèlent comme des fenêtres par lesquelles le commun rêve de s’échapper.
Il n’y a plus que des Icare, dans le règne actuel ; par milliers, ils visent un soleil qui finit par leur brûler des ailes constituées de cire, les engageant à pousser de l’aile vers cette chaleur et cette lumière tout emplies de promesses, en vue de les mener vers une chute inéluctable.
Et au milieu de cette foire, te voilà, exhibant le plus bas niveau des préoccupations actuelles ! Une bourgeoise arrogante toise un phoque crevant et lui dit que sa mort dessert son esthétique ; un jeune prétentieux avance, agressif, vers une tripotée de lapins pour se faire un manteau… ah, cochonne (tu vois comme je t’aime, je t’élève au rang de l’animal), il est à ce point évident pour toi que les ennemis sont là ! Le jeune et la bourgeoise… Et qui sont les victimes ? Les bestiaux sacrifiés à l’industrie du luxe ?
A choisir, je préfèrerais offrir à mon fils un pull de phoque, plutôt qu’un de ces attirails de tissu vulgaire, fabriqué dans la plus pure tradition de l’industrie anti-humaine à moindre coût par des populations que l’on parque dans des usines pour satisfaire le décadent prorata de l’hyperéconomie moderne. A choisir, je tuerais vingt lapins pour lui faire un manteau plutôt que d’investir dans la moindre toile synthétique, d’autant que je serais assuré de lui procurer en nourriture de quoi passer l’hiver…
Le respect de la bête m’importe, la sauvegarde des espèces ne me laisse pas indifférent. Mais ce n’est pas à toi, incapable manifeste, de me dire quoi faire ; et je ne te dis pas cela parce que tu es femme, ou idiote, j’ai pour les unes et les autres plus de respect que je n’en ai pour moi. Je te dis cela parce qu’un jour, la grandeur humaine m’a perforé le regard et qu’insidieusement, cela me mène à penser que des causes plus subtiles que ce que ton argent permet de promouvoir sont à défendre.
Citoyens, mangez des phoques, exterminez-les jusqu’au dernier pour vos motifs futiles. Au passage, tuez tous les loups sans les manger – leur chair est effroyablement répugnante et indigeste – ; effacez les ours de la surface de la terre, et consommez du lapin à outrance jusqu’à en éliminer la race… et quand vous en aurez fini avec toutes ces inepties indignes que vous êtes en mesure de produire depuis quelques siècles à peine, revenez aux fondamentales. Posez-vous la question pérenne du sens, au risque d’en perdre l’appétit et l’instinct de consommation, ayez pour vos dirigeants une haine farouche et libératrice, méprisez dans vos chairs la médiocrité quotidienne à laquelle on vous astreint malgré vous. Déchirez les couleurs, méprisez ce décor, et Brigitte verra un monde où ses phoques bien-aimés croîtront sans mesure de nombre, et où on finira par se remettre à les tuer sainement quand, en surnombre, leurs yeux doux ne suffiront pas à dissimuler le danger de « l’hyperphoquisme » contre tous ces mignons poissons que leur race ingurgite.
Si je n’étais pas assez haïssable à cet instant, j’ajouterai que je mange du cheval avec un certain plaisir, et que je me considère comme le dernier amoureux de la race chevaline en bonne terre de France.
Nils Leroy