"L'élève a menti..."
29 octobre 2008 | 4 commentaires
…pour reprendre les saillies du journalisme décadent réduit au simple rapport de données embelli d'un titrage à résonance publicitaire. L'élève a menti ; nous répugnons à faire le commentaire d'un « fait-dit-divers », dont nous connaissons la frauduleuse utilité naissant avec la presse elle-même, consistant à se servir des plus salaces anecdotes pour diriger les gens vers une conscience tronquée du genre humain. Jouant sur la délectation malsaine de l'être qui, déparé du moindre élan de dignité, trouve jouissance dans le fait de s'arrêter dans la rue afin de contempler tel cadavre, la « presse » a depuis son apparition trouvé le fabuleux moyen d'accroître son économie en mettant en exergue des faits dits « divers », entendez vulgarisés, afin d'alimenter les conversations pochetronnnes et insipides des populations démocratisées, entendez investies d'un pouvoir politique qui les dépassent, entendez aussi : déparées du moindre élan d'héroïsme.
Car on pourra toujours contester les contestations antidémocratiques, il en est une parmi les autres qu'on ne saurait rejeter indument, c'est l'observation « par les fruits » de l'aspect réducteur d'un tel régime sur le plan humain, à savoir que trois siècles de décadence politique ont été simultanément moteur d'un déclin intellectuel : inscrites dans un soi-disant fondement qui se veut la défense et la promotion du miracle de la Personne Humaine, on a jamais autant vu d'intelligences se fonder paradoxalement sur l'apologie du bétail et de la masse.
Et la presse née avec la Révolution Française a souvent été l'élément promotionnel d'une telle décomposition de l'Unité. Non en raison d'un vice qui lui serait consubstantiel mais parce qu'en fait, elle n'est qu'un pouvoir : usitée par le bon, elle est bonne ; accaparée par le mauvais, elle est à l'image d'une arme posée dans les mains d'un enfant instable. L'homme averti lit la presse avec confiance, mais l'assimile avec défiance. Ce que l'on nous « rapporte » ne peut jamais avoir un semblant de valeur par rapport à la Réalité ; et le « fait-divers » , plus que tout autre rapporté, doit être « lu » avec une prudence infinie. D'abord, en raison de cette réalité élémentaire : le fait divers n'existe pas. Mais les journalistes s'entêtent, persistent et signent : pour eux, le fait-divers est une réalité que nous tenterons de comprendre à travers l'observation de ce qu'ils entendent par cette appellation ; à le lire, on pourrait en donner la définition suivante : rapport d'actualité fondé sur un élément juridique et biographique, tendant à démontrer par une situation individuelle le bien-fondé moral du système social. Tel homme tue sa femme sous l'effet de l'alcool, tel lecteur devra comprendre que le message induit du « rapporteur » est : l'alcool est source de vice, si tu daignes considérer que tuer sa femme est une mauvaise chose. C'est ce présupposé moral qui force le journaliste à la langue de bois dans ses rapports quand, par exemple, un jeune issu de l'immigration agresse une personne dans la rue : le journaliste doit se contenter de dire "jeune"; s'il ajoutait "issu de l'immigration", le fait-divers entretiendrait une vision contraire à la morale sociale, pour laquelle l'immigration n'est absolument pas la cause de problèmes liés à la criminalité.
Fondé sur cette dialectique, le plaisir de rapporter certaines « histoires » dépasse le simple exercice tel qu'on l'a défini : l'affaire Courgeau démontre les intentions ultimes du fait-divers, à savoir le référent salace jouant sur l'horreur ponctuelle pour promouvoir une certaine idée de malaise social. Mais un malaise dont la cause est la Personne elle-même, l'individu sans l'Etat. Car en effet, le fond moral de ce "fait-divers" ne va pas ailleurs : si même une mère est un danger pour ses enfants, qui reste-t-il alors pour protéger ces derniers ?
Ce serait trop de dire que notre direction politique est la source de nos maux quotidiens, on trouve toujours plus de déchéance et d'horreur dans les cas particuliers. Voyez ce que vous êtes individuellement, les saletés dont vous êtes capables. A-t-on déjà remarqué que nos courageux intellectuels, s'il leur arrive de fustiger la « Société » dans une improbable contestation générale, s'en prennent rarement au « régime social »? Ou alors, c'est pour s'enfermer dans une dialectique de la gauche et de la droite, où l'un est présenté comme l'ennemi et l'autre comme le but à atteindre. Le fait-divers, c'est la consécration du sacrifice fait au cours de la Révolution, des libertés individuelles perçues comme un danger permanent.
Et pourtant, il faudrait se méfier ; quand on nous rapporte qu'un enfant va être inculpé pour avoir « provoqué » le suicide d'un de ses professeurs en mentant sur les actes de ce dernier, on a intérêt à nous en dire plus. Car il y a deux revers à ce fait-divers : ou l'on est en phase avec le consensus ambiant, et l'on s'insurge du mensonge du "garnement" dont on consent à faire la source du suicide professoral. Ou bien alors, on reconnait que l'enfant n'a rien fait d'autre que de profiter d'un régime qui terrorise la fonction professorale en gardant pour lui toute mesure autoritaire, au sein duquel tous les mensonges sont permis, et face auxquels le magistère est absolument impuissant.
Interdiction de la fessée préconisée par certains dirigeants européens, humiliation de toute mesure correctrice au sein du rang éducatif... Je ne dis pas que je suis un amoureux des châtiments corporels. J'ai eu une « maîtresse » en CP qui outrepassait ses droits largement, et qui cognait des gosses avec une certaine complaisance ; je n'ai jamais considéré qu'elle œuvrait en vertu. Mais ceci étant dit, on éviterait bien des drames en évitant, d'une part, que la question « scolaire » repose dans les mêmes mains que la fonction politique, et d'autre part, en exigeant qu'elle ne puisse jamais être réduite au simple "fait divers".
« L'élève a menti »... Quel âge a l'élève ? Qui est cause du suicide professoral, sinon l'encadrement professoral ? Acquittez l'élève, et accusez la République. Ce n'est pas un enfant que le professeur a fustigé symboliquement en se donnant la mort, c'est un système d'oppression sur lequel il faudra bien revenir un jour, et qui ne se limite pas au seul domaine éducatif. Qui osera dire le contraire ? On ne se tue jamais par dégoût d'un être, on se tue par un dégoût généralisé des êtres, ou bien par un amour démesuré à leur égard, et celui qui meurt par ses mains œuvre dans l'intention soit de symboliser la gloire, soit de représenter l'opprobre. C'est là une sentence qui sera utile autant aux juges qu'aux psychologues de notre nation. Ou du moins, à ceux d'entre eux qui croient encore que la raison est un phare pour les hommes.



4 commentaires pour ""L'élève a menti...""
octave de barral
Le 30 octobre 2008 à 2:03
Attention! Il est des sujets sensibles (le suicide d'un homme a souvent des causes multiples) qui ne se prêtent pas bien à la récupération ou à l'instrumentalisation, surtout lorsque l'analyse est aussi primaire. Sauf à vouloir tout expliquer par l'idéologie, à tout traduire en termes dialectiques et à finir par singer les marxistes. Le maurrassisme est mort de ces dérives! Essayons d'inventer une pensée pour des hommes libres (je vous renvoie au Bernanos de "Français, si vous saviez": il faut refaire des hommes libres)
Nils Leroy
Le 30 octobre 2008 à 10:28
Blabla; l'analyse structurée des rouages médiatiques ne me semble pas mener à l'esclavage. Je n'explique pas "tout" par l'idéologie, je m'en prends à la notion de fait-divers; quand aux "causes multiples" à l'origine d'un suicide, c'est le genre de vision que ceux qui n'y connaissent rien avancent. A la source de la multiplicité des causes, il y a un acte volontaire; dans le cas de cet homme, nous ne sommmes même pas dans le cadre de la mystérieuse "maniaco-dépression": cet homme est mort suite au mensonge de l'un de ses élèves... Ce n'est pas si simple? Alors on tombe d'accord: le fait-divers n'existe pas en tant que tel, c'est toujours une fiction. Première dénonciation de mon article. En outre, cette fiction a TOUJOURS une valeur moralisatrice, à la manière des fables de La Fontaine. Deuxième dénonciation de mon article.
Quand les hommes sauront cela, ils seront un poil plus proches de la liberté.
Cordialement.
jean de bernonville
Le 30 octobre 2008 à 19:29
Vous n'êtes qu'un fat et visiblement content de l'être! Tant pis pour vous!
Nils Leroy
Le 30 octobre 2008 à 19:37
J'avoue demeurer stupide devant un tel flot d'argumentaire... Mais si vous voulez passer en mode ad personam, je vous propose une rencontre pour échanger dans ce registre avec plus de réalisme; à défaut d'avoir votre esprit lumineux, j'ai une générosité sans bornes quand il s'agit d'aider mes congénères à revenir sur le terrain de la saine dialectique, en leur filant un coup de main.