La croissance n'est pas tout

28 octobre 2008

Même s'il y contribue, nous dit le proverbe, l'argent ne fait pas le bonheur. Cessons de considérer que l'argent est une fin en soi, alors qu'il est juste un moyen.

Sans craindre de proclamer une hérésie, nous pouvons dire que l'argent n'est pas tout dans une société, et encore moins dans la vie. On raconte qu'un prince arabe cherchant le bonheur s'était entendu dire qu'il devait porter la chemise d'un homme heureux. Il chercha longtemps dans de nombreux pays. Il finit par rencontrer un paysan qui était réellement heureux. Il n'avait pas de chemise ... Le bonheur est indépendant de la richesse et la croissance n'y saura rien changer. Par contre, l'expérience a montré à l'exemple de Harpagon que la cupidité et la recherche insatiable de l'argent (que l'on garde ou que l'on investit) ne rend pas heureux. La croissance, ni même le développement, ne se soucie de la santé morale des gens, pourvu qu'ils consomment et correspondant à la définition en vogue du bien-être. La volonté effrénée des financiers de notre temps de maximiser la croissance leur a fait oublier que la richesse est juste un moyen du bonheur. La croissance n'est pas tout, mais une partie du tout.

De même, Frédéric Beigbeider décrit un point de vue intéressant du commerce et donc, indirectement, de la croissance, dans son livre 99 francs. Il consiste en la démonstration qui suit: le bonheur est le fait de ne plus avoir de désir. Dans cette optique, lorsque vous êtes heureux, vous ne consommez que le strict nécessaire. Le commerce et plus particulièrement le marketing ne cherchent donc surtout pas votre bonheur : vous ne consommeriez plus, ou beaucoup moins. Au contraire, leur but est de vous donner une multitude de désirs pour que vous consommiez davantage, ce qui créera la fameuse croissance. C'est d'ailleurs la définition du marketing : vous faire désirer ce dont vous n'avez pas besoin. Et surtout, dès que vous accomplissez le désir, de vous en créer un autre. Donc, en vous créant une multitude de désir, tous aussi inutiles les uns que les autres, le commerce vous fait croire qu'avec l'accomplissement de ce désir, vous parviendrez au bonheur tant recherché. Notre objet n'est pas ici la recherche du bonheur, mais de montrer que le commerce, loin de contribuer à votre bonheur, contribue volontairement et sciemment à vous en éloigner.

Yves Corneille

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