La sauvegarde de la langue(2)
17 mai 2008
Comme Joseph de Maistre l'affirmait, il est important de conserver et de respecter la diversité et la singularité des peuples. Entre 4000 et 6000 langues existent aujourd'hui, sans prendre en compte les dialectes ou les patois. Toutefois, l'on peut découper ces langues en plusieurs familles en fonction de leur emplacement géographique. Car s'il y a diversité des langues, c'est qu'à partir de l'homo habilis il y a eu diverses migrations. Le langage s'est ainsi développé en fonction de l'environnement, c'est-à-dire en fonction des différentes conditions de vie, des différents besoins.
La langue est également un élément essentiel dans notre rapport à ce qui nous entoure, dans notre rapport à la réalité. Si les premiers cris sont petit à petit devenus des mots, c'est qu'est apparue cette capacité de l'homme à symboliser, à représenter des objets ou encore des idées. Chaque langue est donc spécifique et nécessaire à son environnement, à son pays, et il serait sans doute nuisible d'adopter la langue d'un autre qui ne serait alors pas en conformité avec notre identité, notre mémoire, mais aussi avec notre milieu.
Et pourtant, nous pouvons aujourd'hui constater l'incessante invasion de langues étrangères en notre pays, et notamment de l'anglais qui tend à supplanter le français, à le déformer, à le remplacer. Il s'agit là d'une lente assimilation d'une partie de notre identité au monde anglophone. La langue reflète en effet cette « occidentalisation » de notre pays, sa soumission à l'identité d'autrui. Cela mène, on le sait, à la perte de toute souveraineté, à la perte de valeurs qui nous sont spécifiques et donc ne saurait agir pour notre intérêt et le bien de notre communauté.
Il ne s'agit néanmoins pas ici d'être exclusif à notre langue et à notre culture. Notre identité nous permet de nous considérer par rapport à l'autre en tant qu'autre, c'est-à-dire en tant qu'identité spécifique : cela permet le respect et la reconnaissance de l'identité d'autrui. Deux types de variation inter-linguistique existent : le bilinguisme et la diglossie. La première est l'utilisation de deux systèmes linguistiques différents placés sur un pied d'égalité. La seconde est l'utilisation de deux systèmes linguistiques différents pour des raisons socio-politiques, avec une langue officielle (publique, véhiculaire) et une langue privée (vernaculaire). S'il convient de ne pas laisser notre langue se faire remplacer, l'utilisation personnelle de deux langues (ou plus) semble tout-à-fait légitime.
À l'échelle du pays, toutefois, il est important de préserver un schéma identique à celui de la diglossie, et de préserver ainsi une langue officielle sans pour autant exclure l'existence d'autres langues secondaires, régionales par exemple. Rappelons-nous ainsi de l'édit de Villers-Cotterêts signé en 1539 par François Ier qui stipule que tous les actes juridiques et législatifs se feront en français. L'existence d'une langue officielle permet d'achever la création d'une identité commune, d'avoir une parole à donner au monde, une culture à propager.
Défendons notre langue, notre mémoire, défendons l'identité française : préservons notre souveraineté !
D.Julien


