La vraie politique familiale est contre-révolutionnaire
7 mai 2008
Ce vendredi 25 avril, Nicolas Sarkozy semble avoir sifflé la fin de la récré pour son gouvernement de jeunes amateurs. Les ministres ont en effet, entre autres étourderies, joué ces derniers jours effrontément avec les nerfs des pères et mères de famille. L'autre semaine était annoncée la suppression de la carte de réduction SNCF pour famille nombreuse : l'Élysée démentait deux jours après. Le 16 avril le porte-parole du gouvernement disait que rien n'était prévu au sujet du rythme du versement des allocations familiales : une demi heure plus tard le décret était publié. Maintenant donc, les familles savent à quelle sauce elles seront mangées.
L'État voleur
Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Voilà déjà des années que les gouvernements volent aux familles françaises de quoi renflouer les caisses de l'État. Cette fois, il s'agit d'amputer sans vergogne le pouvoir d'achat des ménages avec deux enfants et plus. Dès aujourd'hui 1er mai la majoration des allocations familiales de 33,84 euros par mois versée jusqu'à présent pour le 11e anniversaire du deuxième enfant est remplacée par la majoration de 60,16 euros qui, de seize ans descend à quatorze. Le manque à gagner par an entre onze et quatorze ans (406,08 euros) est loin d'être compensé par le gain nouveau de quatorze à seize ans (315,84 euros par an). L'amputation de ces sommes qui déjà n'étaient qu'une aumône et dont le premier enfant reste privé aura tout simplement pour effet de pousser plus de mères de famille à aller travailler hors de chez elles au lieu d'élever elles-mêmes leurs enfants. On dissuade ainsi toujours plus les couples d'avoir plus d'un ou deux enfants, étant bien entendu que dans la mentalité actuelle,
de nombreux enfants sont considérés comme signe extérieur de richesse et que la femme qui les élève est considérée comme une gourde qui, dans l'alcôve, n'a pas su "se prémunir" et qui est incapable de "s'épanouir" en allant "au boulot"... Une fois de plus, comme avec la mise sous conditions de ressources des allocations familiales, la politique familiale se révèle un beau mensonge. Il ne s'agit plus d'aligner le niveau de vie de ceux qui dépensent pour le renouvellement des générations avec ceux qui ne dépensent rien, mais d'égaliser les conditions de vie de tous les Français, tandis que ce monstre tentaculaire qu'est l'État toujours assoiffé d'argent pour s'occuper de mille choses qui ne le regardent pas est trop content de pouvoir, comme le Cronos de la mythologie, dévorer ses propres enfants. Car ce n'est évidemment pas en agissant ainsi que l'on redonnera du souffle à la démographie française. Pas étonnant qu'après tant d'années d'égoïsme hédoniste et malthusien, on en arrive à ne plus pouvoir payer les retraites des "seniors" (comme on dit). Le poids des vieux, le choc des désillusions... L'économiste Michel Godet, dans Le Figaro du 14 avril tirait la sonnette d'alarme, montrant que les familles sont de moins en moins nombreuses et que celles qui s'obstinent à l'être souffrent d'un niveau de vie de 30 à 40 % inférieur à celui des couples sans enfant à charge. Et de montrer les injustices flagrantes que la situation entraîne : une femme d'ouvrier qui a cessé de travailler pour s'occuper de ses quatre enfants verra sa retraite largement amputée. Pour remède, Michel Godet préconise que l'on compte pour la retraite les années des femmes (ou hommes) restées au foyer à partir de leur troisième enfant, car c'est bel et bien un métier que de s'occuper de ses propres enfants autant, sinon plus, que des enfants des autres dans des crèches qui coûtent à la collectivité 1 200 euros par mois et par enfant.
En outre, ces mères au foyer rendent à la société un immense service en empêchant que leurs enfants se retrouvent après l'école seuls dans la rue ou devant la télé, et s'initient dès l'âge tendre à toutes les délinquances, comme le montre Aristide Leucate ci contre. Michel Godet compare ce que coûtent à l'État les enfants élevés par leur famille avec les 15 000 euros par an et par enfant placé dans une famille d'accueil ou les 180 000 euros par an et par enfant placé dans un centre éducatif. Il est effarant de laisser s'éterniser un tel scandale.
Haro sur les familles nombreuses
Sans compter que les familles sont bénéfiques même pour l'économie du pays en augmentant le nombre de consommateurs (de chaussures d'enfant, par exemple). Le drame est, toutefois, que nos hommes politiques ne savent plus parler de la famille qu'en termes d'assistance. Alors on se donne bonne conscience en accordant des aides (aux crèches, au logement, aux transports...) qui n'améliorent guère le sort des ménages. La politique familiale est réduite à une politique sociale : on n'aide pas la famille en tant que telle, pour les services qu'elle rend à la société, mais les individus qui la composent... ou la décomposent et la recomposent... Et l'on s'en tient à la justice distributive, donc à des aumônes versées en fonction des situations économiques changeantes ou des idéologies du moment.
L'idéologie suicidaire
Or, on oublie que la famille mérite un tout autre sort : elle est l'élément fondamental de la nation, celui hors lequel nul n'a jamais indiqué un moyen de prolonger les générations. Lui assurer les moyens de croître et se multiplier est plus qu'un devoir, c'est reconnaître son rôle social, c'est vital pour un État qui veut se pérenniser. Il est triste de devoir rappeler sans cesse de telles évidences... Alors, qu'est-ce qui empêche nos gouvernants d'oser une vraie politique de la famille, de laisser les femmes avoir autant d'enfants qu'elles le souhaitent, de laisser les jeunes Français puiser dans le foyer leurs repères, au lieu d'errer comme des âmes en peine, rescapés de la loi Veil, écrasés sous le poids des soixante-huitards qui ont appris à leurs parents à n'être souvent que des consommateurs, des jouisseurs et... des contribuables ? Le mal, osons le dire, est dans la philosophie même du régime républicain. Il est urgent de la remettre en cause et de montrer l'ignominie des principes de 1789 qui envisagent l'Homme comme un absolu arraché à tout enracinement, broyé sous le joug de la "volonté générale" qui prétend créer les légitimités, séparé de ce qu'il y a de plus loin et de plus haut que lui-même. C'est au nom de cette idéologie que tous les pères de famille ont eu la tête coupée en même temps que Louis XVI, comme l'a écrit Balzac. Tant que séviront les Droits de l'Homme, la société reposera sur l'individu comme, disait Maurras, « une pyramide sur sa pointe » – ce que risque de devenir notre pyramide des âges... Renversez ce régime de mort et vous verrez les pères de famille heureux de redevenir, à l'image du Roi incarnant la continuité française, ce qu'ils doivent être selon Péguy, les grands « aventuriers des temps modernes ».


