Devedjian, la monarchie et l'Ouverture

23 août 2007 | 2 commentaires

devedjian.jpgDécidément, Patrick Devedjian semble bien préoccupé par la question institutionnelle et en particulier par la dichotomie république/monarchie. En effet, il y a de ça quelques semaines notre ami Jean-Philippe Chauvin analysait déjà les propos, sans doute ironiques mais néanmoins intéressants, du secrétaire général délégué de l’UMP qui avait déclaré en référence au rôle joué par Cécilia Sarközy dans l’affaire des infirmières bulgares : « dans les monarchies, le conjoint du monarque a une place institutionnelle ». Peut-être que l’éphémère rencontre à Sceaux entre Jean-Philippe et Patrick avait fini par faire réfléchir ce dernier sur la pertinence de notre combat.

Toujours est-il que dans un entretien accordé au Figaro, Patrick Devedjian évoque une nouvelle fois la monarchie au détour d’une question sur le risque encouru par un président hyperactif de s’épuiser prématurément:

« La relation entre Nicolas Sarkozy et François Fillon constitue un retour aux sources de la Ve, puisque le général de Gaulle disait qu’il ne saurait y avoir de dyarchie au sommet de l’État. Quant au risque, c’est ce qui fait la différence entre la république et la monarchie. Le président, investi des plus hautes responsabilités, ne peut pas chercher à se préserver, surtout avec un quinquennat qui lie aussi étroitement que possible sa survie politique à celle de sa majorité. Ce phénomène a un revers: l’affaiblissement du Parlement, auquel il faut remédier. L’UMP s’y attelle. »

Il y aurait beaucoup à dire sur le thème du risque en politique. Relevons seulement quelques évidences. La République dilue tellement la responsabilité que les plus corrompus finissent avec une retraite mirobolante, blanchis et absous de toutes fautes, pénales comme politiques. Jacques Chirac n’est-il pas l’archétype du malfaiteur républicain resté impuni ? Non seulement les procédures le mettant en cause sont tombées les unes après les autres, mais il bénéficie aujourd’hui d’un cumul de retraites s’élevant à près de 20 000 euros par mois. Plus grave encore, quand est venu le temps du bilan, faibles ont été les voix dénonçant ses calamiteux mandats présidentiels. Et que dire de Laurent Fabius qui reste une figure de la politique française, et accessoirement député, malgré les scandales qui ont éclaboussé sa carrière ? La responsabilité pénale de notre personnel politique reste des plus théoriques...

Quant au risque politique proprement dit, il est lui aussi une chimère. On le voit à travers un Juppé ou un Jospin, un échec électoral ne « grille » jamais définitivement les politiciens de l’establishment. Il y a toujours une opportunité de revenir sur le devant de la scène, même pour les plus grands coquins. Devons-nous rappeler à M. Devedjan, que Louis XVI, lui, a payé son « risque politique » de sa vie ? Et que dire des agents du Roi soupçonnés de piquer dans la caisse ? Enguerrand de Marigny a fini pendu au gibet de Montfaucon tandis que Nicolas Fouquet a été condamné à la réclusion à perpétuité, échappant de peu à la peine capitale.

Alors pour le différentiel de risques politiques entre monarchie et république, le président du conseil général des Hauts-de-Seine pourra revoir sa copie.

D’autre part, quel est l’intérêt, in fine, que le chef de l'Etat « risque » sa place aux prochaines élections, puisqu’on comprend bien que c’est ce qu’a maladroitement voulu évoquer Devedjian ? Quel est le bénéfice pour le bien commun, pour la Res Publica ? Ce risque l’oblige à s’activer, à tenir ses promesses, nous dira-t-on… Mouais. Les Français ont une mémoire si courte qu’ils ont sans doute déjà oublié les promesses du candidat Sarközy. Plus grave encore, ils ne se rendront pas compte ou bien oublieront très vites les jolies reculades du baudet court sur pattes qui ont déjà commencé (autonomie des Universités, réduction du nombre de fonctionnaires, service minimum…). Et quand viendra le temps de la campagne électorale (2012 ? 2008 ? ou bien a-t-elle déjà commencé ?) la mascarade médiatico-sondagière se remettra en branle au bénéfice d'un quelconque opportuniste aguerri aux techniques de la politique-spectacle compassionnelle et communicationnelle, repoussant à (toujours) plus tard les réformes les plus urgentes. Dans ces conditions, le prétendu « risque » électoral encouru par le chef de l’Etat est-il une bonne chose ? N’est-il pas au contraire, la source de nos maux ?

Tout ceci nous amène à une deuxième réflexion de notre sémillant avocat -dont le passé militant au mouvement Occident est décidément bien loin- toujours dans le même entretien, qui sonne comme un aveu :

L’autre chantier de la rentrée, pour l’UMP, ce sont les municipales. Comment justifier votre stratégie d’ouverture auprès de vos sortants?

En expliquant que c’est la meilleure façon de répondre aux tentatives de rapprochement du PS et du centre de François Bayrou. Grâce à l’ouverture, nous avons déjà gagné Mulhouse.

Et oui. Combien de Sarkolâtres nous accusaient de critiques systématiques lorsque les prémices de l’Ouverture se mettaient en place ? Combien de Français continuaient à applaudir à tout rompre ce mouvement fait à la fois d'intelligence politique féroce, d’ouverture d’esprit, et de magnanimité ? Pire encore, certains ont cru qu’enfin, par l’onction du suffrage universel, Nicolas Sarközy était devenu le président de tous les Français, et qu’il le montrait. Il était passé en l’espace de quelques heures, du statut de candidat pugnace à celui d’arbitre apaisé au-dessus des partis, réalisant ainsi le rêve gaullien. Dès lors, il pouvait ouvrir son gouvernement aux socialistes, centristes, et autres personnages honnis quelques jours auparavant. Le seul critère qui commandait ces nominations, était celui de la compétence…nous disait-on.

Car fallait-il être foncièrement naïf pour croire qu’il n’y avait pas de gens suffisamment compétents à l’UMP ? Que cette généreuse ouverture n’était pas tout simplement une tactique partisane consistant à absorber ses adversaires pour mieux les neutraliser ? Stratégie bien ficelée du reste, mais au service d’un homme, de ses amis, de son parti.
Et bien espérons que l’ami Devedjian achèvera de convaincre ceux qui y voyaient encore un signe du retour du Politique. L’Ouverture était donc « la meilleure façon de contrer les tentatives de rapprochement entre le PS et le MODEM » ; elle a aussi permis de « gagner » la municipalité de Mulhouse par le biais du secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie, Jean-Marie Bockel.

Chouette. Et servir la France, c’est pour quand ?

2 commentaires pour "Devedjian, la monarchie et l'Ouverture"

  1. LEPAGE

    Le 25 août 2007 à 19:03

    pour préciser la retraite de Chirac s'élève à 30 800 € (Sauegarde retraites) Quant à Sarko, il est d'origine hongroise peut être est cela qui lui a inspiré lastratégie de vampirisation des partis qui lui sont opposés;

  2. PV

    Le 27 août 2007 à 19:55

    Hum il me semble qu'un numéro récent de Marianne sur les privilèges parlait de 18 000 et quelques euros pour les retraites du grand Jacques. Je vérifierai, m'enfin à ce niveau là, y a quand même quelque chose d'indécent. Et on dit que la Monarchie est dispendieuse...