Bayrou, l'imposteur en forme de baudruche

26 mars 2007

Au-delà de l’imposture du gouvernement de l’extrême centre prôné par François Bayrou et qui fera l’objet d’un article dans le prochain numéro d’Insurrection, voici une intéressante analyse glanée sur le web qui tente de démontrer la capacité autocréatrice de ce type de baudruches médiatiques.


“François Bayrou est-il le baron Munchausen ?

Longtemps, les Guignols de l’info tournèrent en dérision les prétentions de François Bayrou à accéder à la magistrature suprême. L’effet comique sur lequel ils jouaient, tenait tout entier au fait que le “petit François” ne semblait visiblement douter de rien, ne se rendant apparemment pas très bien compte de la distance insurmontable qui le séparait de la fonction présidentielle et de ses exigences.

Depuis quelques temps, les marionnettistes de Canal Plus, sans avoir renoncé (ce qu’on pourra juger sain) à le moquer sur d’autres aspects de sa personne ou de son programme, ne remettent plus en cause la faculté du candidat de l’UDF à devenir Président de notre République. Que s’est-il donc passé?

Pour tenter de répondre à cette question, une notion forgée par le sociologue Robert K. Merton peut sembler particulièrement utile: celle de “prophétie auto-créatrice” (self-fulfilling prophecy). Merton la présente ainsi: “C’est, au début, une définition fausse de la situation, qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie”. Certaines rumeurs boursières en sont un bon exemple: faire courir le bruit que le cours d’une action va s’effondrer, peut conduire les détenteurs de cette action à s’en débarasser au plus vite, faisant finalement effectivement chuter son cours. On appelle aussi parfois “effet Munchausen” ce type de processus, en référence à la façon dont le célèbre baron, embourbé dans une mare, parvint à s’en extraire en se tirant lui même par les cheveux.

Quelle est donc la force de traction “magique” qui a permis à la candidature Bayrou de se désembourber toute seule des moqueries et des scepticismes? A l’évidence, cette force a résidé dans les sondages publiés par les médias. On peut penser en effet que plus le public fut informé que les intentions de vote en faveur du candidat de l’UDF commençaient à monter, plus une partie de ce public a commencé, de ce fait, à manifester l’intention de voter pour lui. Car des sondages favorables n’abaissent pas seulement l’illégitimité du vote en faveur du candidat concerné: ils rendent aussi toujours plus vraie aux yeux de beaucoup la définition initialement fausse de la situation, qu’il a émise (”C’est moi le vainqueur de l’élection”). Ce type de mécanisme, connu en science politique sous le nom d’effet bandwagon, François Bayrou n’en a évidemment pas le monopole, même si avec lui, il se donne à voir de façon particulièrement claire.

Bien entendu, une prophétie auto-créatrice peut à tout moment échouer: que s’amorce une chute, même assez légère, dans les sondages, et tout baron Munchausen peut retomber lourdement dans la mare des moqueries et de l’irréalisme de ses prétentions. Surtout, les analyses en termes de prophétie auto-créatrice rencontrent des limites. En l’occurrence, il faut bien qu’au départ, s’amorce un début de montée dans les sondages pour que le phénomène ait des chances de se déclencher et ensuite, de s’auto-alimenter. En outre, on ne saurait oublier que l’effet bandwagon ne peut expliquer, à lui seul, le ralliement à un candidat, quelqu’il soit: il faut évidemment que ceux qui le rallient, soient prédisposés à le faire, c’est-à-dire qu’ils trouvent en eux-mêmes (dans leur trajectoire sociale et politique) des raisons de le rallier et plus encore, des raisons de ne pas refuser de le rallier.

Au final, la notion de prophétie auto-créatrice ne semble donc vraiment éclairante qu’à condition de bien en mesurer les limites. Appliquée ici, son grand intérêt est de nous rappeler que, loin d’être une “simple photographie” de l’opinion comme se plaisent à le dire nombre de sondeurs et de journalistes, les sondages publiés par les médias sont l’élément structurant décisif dans la dynamique de l’actuelle campagne présidentielle: censés permettre une définition vraie du rapport de forces entre candidats, ils rendent surtout possible que des définitions initialement fausses de ce rapport de forces deviennent vraies.”

Source: Prises de parti journalistiques

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